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LES HABITS D’OR DE SAINT LAURENT

Report, Inspirations

« C’est le Soleil, c’est le jeune Louis » : c’est ainsi qu’apparut, tout vêtu d’or, Louis XIV, lors du Bal Royal de la Nuit en 1653.

Au Trocadéro, sous des lustres géants rappelant ceux du Salon Impérial de l’hôtel Intercontinental, - où Yves Saint Laurent avait l’habitude d’organiser ses défilés de haute couture comme autant de rituels- Anthony Vaccarello a choisi, en orfèvre de la scénographie de célébrer le printemps-été 2027 : une parade or ponctuée de quelques silhouettes de velours et de mousseline noire. Une fumée vespérale après ce défilé-pépite étincelant de lumière, où tous les ors se sont donné rendez-vous, brocarts byzantins, métal liquide nacré or, robe saharienne en lamé panthère, parka en toile de coton métallisé, pour ne citer que quelques-unes des icônes trempées dans ce bain d’astres à la gloire d’Apollon, des déesses de la lune et des étoiles. Dentelles, lamés, broderies, on retrouve l’alchimie d’Yves Saint Laurent qui assurait : « J’aime l’or, c’est une couleur magique, pour le reflet d’une femme, c’est la couleur du soleil ». Sous un ciel bleu lapis, face à la tour Eiffel scintillante, l’ensemble ne manque pas de panache : de blousons en vernis silicone en robes de grand soir, de lavallières géantes en mousseline de soie changeante en talons Cassandre, cinquante-neuf passages ont éclairé une saison magnifiée par ces trenchs flamboyants, ces guipures « brume d’or », et tout ce qui vient ensoleiller la nuit Saint Laurent. A Oran, en Algérie, Yves Saint Laurent rêvait d’avoir son nom « en lettres d’or » sur les Champs Élysées. De l’or, il fit un vertige. « L’or parce que c'est la pureté et la coulée de la source qui moule le corps jusqu'à n’en faire qu'une ligne » assurait cet artificier de la séduction. Anthony Vaccarello lui rend hommage à travers cette envie retrouvée d’opulence et de faste. Le directeur artistique décline en prêt-à-porter les grandes heures de la haute couture, de la robe bijou (1996), à la mariée Shakespeare de 1981, le voici qui exfiltre les trophées de l’exposition Gold, (musée Yves Saint Laurent, 2022), sur un podium noir. Dans ce décor qui semble parfumé d’Opium, Paris brille, Paris est une fête, alors que les mannequins réunis en tableau final semblent former un lingot vivant, Charlotte Gainsbourg en smoking vient griffer la nuit de sa voix signature.  

 

L.B