LEA MATHONIERE: En mode organique
« Nous avons cherché à créer un dialogue entre le corps humain et ces formes du vivant : des silhouettes qui épousent le corps, le dévoilent, le soulignent ou jouent avec sa perception. La transparence devient ainsi un véritable outil de création, mais aussi une manière de questionner notre regard sur le corps et les limites que la société lui impose » Ainsi parle Léa Mathonière, à propos de sa collection du printemps été 2027, associant le savoir-faire et la recherche expérimentale. Rendez-vous au Palais de Tokyo, au show room de Sphère, opération organisée en partenariat avec L’Oréal Paris, le DEFI et Accor.
Quelle est l’inspiration principale de cette collection ?
L’inspiration de MATHO part avant tout des formes organiques du vivant, mais aussi et surtout du corps humain. MATHO est une marque qui parle du corps, qui cherche à le révéler plutôt qu’à le dissimuler. À travers la transparence, les jeux de matières et les constructions des silhouettes, nous voulons questionner notre rapport au corps et ce qui est considéré comme socialement acceptable dans la société occidentale.
Le corps est encore souvent beaucoup trop caché, contrôlé ou transformé par les codes de la mode. Chez MATHO, nous cherchons au contraire à le montrer tel qu’il est, à le rendre visible et à créer un espace où il peut être assumé et accepté. Cette volonté de révéler le corps est au cœur de notre identité et se retrouve particulièrement dans cette collection printemps-été 2027.
Pour cette saison, nous avons également développé cette réflexion à travers l’univers marin. L’inspiration vient de l’été et des couleurs que l’on retrouve dans les couchers de soleil : des teintes vives, vibrantes et dynamiques. Nous sommes allés explorer les fonds marins, notamment les coraux, les récifs et les formes microscopiques du plancton. Ces organismes ont directement inspiré les motifs de notre point de maille emblématique, en donnant naissance à des formes ondulantes, irrégulières et organiques.
Nous avons également voulu pousser notre recherche autour de nouvelles technologies et de nouveaux savoir-faire, notamment à travers l’impression 3D, le spray painting et la découpe laser avec les ateliers de Teintures de France. Ces techniques nous permettent de traduire sur le vêtement les mouvements et les ondulations de la mer et des vagues, tout en ouvrant de nouvelles possibilités dans notre approche de la matière.
Cette collection est donc à la fois très solaire et estivale, mais elle porte aussi une réflexion plus profonde sur notre environnement et sur notre rapport au corps. Elle s’intéresse à la fragilité des coraux et des fonds marins, à l’impact de l’être humain sur les écosystèmes naturels, mais aussi à la manière dont nous regardons et acceptons le corps humain dans notre société.
C’est une collection qui reste fidèle à l’ADN de MATHO : partir du corps et des formes, des couleurs et des organismes du vivant pour créer des silhouettes et des matières qui semblent presque en mouvement, tout en questionnant les normes qui nous entourent.
Quelles sont les couleurs que vous avez privilégiées ?
Pour cette collection, nous avons voulu privilégier une palette très estivale, solaire et chaleureuse, avec des couleurs vives et dynamiques qui évoquent immédiatement la lumière et l’énergie de l’été.
On retrouve notamment des oranges, des roses, des rouges orangés, mais aussi différentes nuances de bleu. Nous avons pris beaucoup de plaisir à travailler ces couleurs ensemble, notamment à travers des effets de tie-dye où les bleus viennent se mélanger au blanc pour créer des contrastes et des effets plus nuancés.
Nous avons également travaillé sur des dégradés de couleurs, notamment du orange vers un vert très vif, qui apparaissent à travers certaines pièces réalisées en impression 3D. Cette technique nous permet de faire évoluer progressivement les couleurs sur la matière et de renforcer cette sensation de mouvement qui traverse toute la collection.
L’ensemble crée une palette très vivante, très solaire et presque joyeuse, qui traduit vraiment l’énergie de l’été et qui, nous l’espérons, apporte aussi beaucoup de bonheur à celles et ceux qui portent les pièces.
Les matières?
Pour cette collection, nous avons privilégié des matières légères, respirantes et faciles à porter pendant l’été. Nous avons notamment travaillé le coton et le lin, mais aussi des matières beaucoup plus fluides et souples, comme des voiles en polyamide, afin d’apporter un maximum de légèreté et de mouvement aux silhouettes.
Le choix des matières accompagne également notre réflexion autour du corps. Nous voulions des matières qui puissent épouser la silhouette, la révéler et jouer avec la transparence, tout en restant agréables et faciles à porter.
La collection reste donc majoritairement pensée pour les températures estivales, avec des matières aériennes qui laissent circuler le corps et accompagnent ses mouvements.
Nous avons néanmoins imaginé une pièce plus chaude : un pull composé notamment de laine et d’alpaga, pensé pour les soirées d’été un peu plus fraîches. Il peut également se porter facilement par-dessus un maillot de bain, comme une pièce de transition entre la plage et le reste de la journée.
L’idée était finalement de trouver un équilibre entre légèreté, confort, sensualité et fonctionnalité, tout en restant fidèle à l’identité de MATHO et à notre volonté de travailler la matière au service du corps.
Une destination fétiche pour l’été 2027 ?
Lecce en Italie, une valeur sure !
Un souvenir d’enfance qui a déterminé votre carrière ?
Je pense que l’un de mes premiers souvenirs liés à la mode vient des placards de mes tantes et de mes grands-mères. Petite, j’adorais aller fouiller dans leurs vêtements, chiner leurs plus belles pièces et m’amuser à les combiner entre elles pour créer mes propres looks.
C’était un moment très doux et joyeux, presque comme un jeu. Je pouvais passer beaucoup de temps à essayer différentes associations, à mélanger les matières, les couleurs et les silhouettes.
Je pense que c’est vraiment à travers cette découverte des vêtements dans les placards de ma famille que l’envie de créer des looks et de raconter quelque chose à travers la mode est arrivée très tôt chez moi. Avec le recul, c’était probablement ma première manière d’exprimer ma créativité.
Un film, un livre qui continue de vous fasciner ?
Pour le film, je dirais toujours et encore Peau d’âne de Jacques Demy. C’est un film qui continue de me fasciner par son univers, sa poésie, ses couleurs et cette manière très singulière de raconter la mode, le corps et le rêve.
Et pour le livre, j’inviterais vraiment tout le monde à lire Vivre nu de Margaux Cassan. C’est un livre que je trouve particulièrement intéressant, notamment pour le regard contemporain qu’il porte sur le corps et sur la place qu’on lui accorde dans notre société. C’est une réflexion qui fait beaucoup écho à l’univers et aux questionnements de MATHO.
Un souvenir personnel lié à ce métier ?
Un souvenir qui me revient toujours est celui de la naissance du point de maille emblématique de MATHO.
Il est né complètement par hasard, lorsque je tricotais à l’école Duperré. Mon chariot est parti de manière inattendue pendant que je travaillais, créant des zones de fils et des irrégularités dans le tricot. Au lieu de chercher à corriger cette « erreur », j’ai trouvé le résultat intéressant et j’ai commencé à l’expérimenter.
C’est finalement devenu la signature de MATHO. J’aime beaucoup cette idée du hasard heureux, un peu comme l’histoire de la tarte Tatin : une erreur ou un accident qui finit par donner naissance à quelque chose de nouveau.
Je suis très heureuse d’avoir choisi de poursuivre cette expérimentation, de la transformer progressivement en véritable technique, puis d’en faire aujourd’hui un élément emblématique de la marque. C’est assez beau de se dire qu’un geste imprévu, au départ très personnel, est devenu une identité immédiatement reconnaissable dans les collections de MATHO.
Votre playlist pour la fin de l’année ?
Pour cette fin d’année, j’aurais envie de proposer une playlist qui donne un peu de baume au cœur, surtout au regard du contexte actuel. Quelque chose de solaire, énergique et réconfortant, mais avec des artistes qui portent aussi des messages forts autour de la liberté, du corps et de la place des femmes dans la société.
J’imaginerais notamment un mélange de Theodora, Beyoncé et The Pussycat Dolls, avec des titres comme Big Boss Lady de Theodora, Run the World (Girls) de Beyoncé ou encore Don’t Cha des Pussycat Dolls.
J’ajouterais aussi Formation de Beyoncé, Independent Women, Pt. 1 de Destiny’s Child, Woman de Doja Cat, Good as Hell de Lizzo et Confident de Demi Lovato.
C’est une playlist composée majoritairement de femmes qui ont marqué l’histoire de la musique et qui, chacune à leur manière, ont contribué à faire évoluer le regard porté sur les femmes, leur corps et leur liberté.
L’idée serait surtout d’avoir une playlist qui redonne de l’énergie, qui fait danser et qui, en même temps, rappelle qu’on peut prendre possession de son corps, de son image et de sa voix.
Un lieu nouveau à Paris que vous avez envie de découvrir ?
L’ouverture du musée consacré à Alberto Giacometti.
Un autre, ancien ?
Le musée Guimard à l'Hôtel Mezzara qui re-ouvrira en fin 2027 - début 2028.
Un rêve pour 2027 ? Projets ?
Pour 2027, mon principal rêve serait tout simplement de continuer à faire grandir MATHO, de poursuivre nos recherches et de développer toujours plus notre univers autour du corps, de la matière et des nouvelles technologies.
Et pour la suite… je peux déjà vous faire un petit teasing : l’aventure MATHO est appelée à dépasser les frontières françaises. L’international sera au cœur de nos prochains développements, avec de nouveaux projets et de nouvelles étapes que nous avons hâte de dévoiler.
Votre devise, your mantra ?
Haut les corps !
L.B