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Olivier Flaviano : “La Galerie Dior met en lumière un patrimoine vivant exceptionnel qui traverse et continue d'écrire l'histoire de la mode.”

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Olivier Flaviano dirige La Galerie Dior depuis son inauguration en 2022. Celle-ci présente actuellement, de concert avec la Fondation Azzedine Alaïa, la collection Dior du couturier-collectionneur, enrichie des archives de la Maison et de l'expertise scientifique des équipes de Dior Héritage. Située au 30 Montaigne, où se trouvent toujours les ateliers de Haute Couture, La Galerie entretient un dialogue permanent avec la création pour mettre en valeur et en histoire un héritage en mouvement.

“Je suis entré dans le monde de la mode par celui des archives.” Du Théâtre de la Colline à l'Association pour le Rayonnement de l'Opéra de Paris, Olivier Flaviano débute son parcours animé par la volonté d'accompagner le rayonnement d'institutions culturelles. C'est ce qui le conduit, en octobre 2009, à rejoindre la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, créée pour conserver et transmettre l'œuvre du créateur dont la Maison de Haute Couture avait fermé ses portes quelques années auparavant, en janvier 2002. Dans les anciens salons, transformés en espaces muséals, des expositions sont organisées pour refléter le goût des deux hommes. “Lorsque je suis arrivé, une exposition était consacrée à Jean-Michel Frank, grand décorateur des années 1930. Puis viendront David Hockney, Hiroshi Sugimoto ou une exposition sur le peintre Jacques-Emile Blanche. C'était très divers et cela m'a beaucoup plu.” En travaillant pour cette institution, il accède à l'histoire de la Maison, à ses archives. Un univers s'ouvre à lui et il découvre les croquis originaux, les prototypes de défilés, les chartes de collection, les carnets de vente... “La Maison Yves Saint Laurent a été la première à conserver l'ensemble de ses archives sur les quarante années d'existence de sa Haute Couture.” Lorsque Pierre Bergé lance le projet d’un musée, Olivier Flaviano suit chaque étape, forge sa compréhension des enjeux de conservation et de transmission d'un patrimoine de mode, et en assume la direction dès l’ouverture en octobre 2017. Pierre Bergé s'éteint quelques semaines plus tôt, le 8 septembre. “Monsieur Bergé était à la fois impressionnant et très exigeant. J'ai beaucoup appris auprès de lui.”

 

“La Galerie Dior présente une approche vivante de l'archive.”

 

En avril 2021, Olivier Flaviano rejoint la Maison Dior pour diriger La Galerie qui ouvre en mars 2022. Pour la seconde fois de sa carrière, il accompagne la naissance d'un musée de mode pour en prendre les rênes dès son inauguration. La création de La Galerie s'inscrit dans une politique de valorisation du patrimoine Dior initiée et menée par Olivier Bialobos, Directeur Général Adjoint, en charge de la Communication et de l'Image de Christian Dior Couture et des Parfums Christian Dior, depuis son arrivée dans la Maison il y a plus de vingt ans. “Il a déployé une politique d'acquisition, de conservation, de prêts et d'exposition d'une grande ampleur. Par ailleurs, il y a dix ans, il a lancé le projet d’”inventaire Mondial” qui consiste à se mettre en lien avec les grands musées de mode à travers le monde qui possèdent du Dior. L'objectif est de créer des collaborations scientifiques pour identifier et documenter les modèles conservés à partir de nos archives, mais également d’avoir une meilleure connaissance des collections existantes” Ce projet constitue les prémisses de l’exposition de la collection d’Azzedine Alaïa.

 

Aujourd'hui, La Galerie Dior a pour mission de valoriser, “de mettre en histoire” la collection que conserve Dior Heritage. Elle se situe au 30 Montaigne, dans le bâtiment historique de la Maison où le bureau de Monsieur Dior et surtout la cabine des mannequins ont été conservés intacts. “C'est également l'adresse des ateliers de Haute Couture. Il y a un dialogue direct entre l'espace de création et l'espace de partage, d'exposition de cette histoire. Je trouve très beau que les modèles soient montrés dans le lieu même où ils sont nés.” Le parcours retrace l'histoire de la Maison à travers une programmation d'expositions temporaires qui vient enrichir cette narration.

 

“Azzedine Alaïa a constitué sa collection dans le plus grand secret.Cette exposition révèle son admiration pour Christian Dior et raconte l'essence même de la Haute Couture.”

 

En 1956, le jeune Azzedine Alaïa arrive à Paris depuis Tunis. Encouragé par Habiba Menchari, figure de l'émancipation féminine en Tunisie, il se rend chez Madame Lévy-Despas, cliente de la Maison Dior, qui lui trouve un stage de quelques jours. Lorsqu'Olivier Saillard est nommé Directeur de la Fondation Azzedine Alaïa en 2017, il entreprend un vaste travail sur les archives. “Il est venu nous voir il y a environ deux ans pour travailler sur cette idée d'inventaire mondial qu’avait initié Olivier Bialobos, à partir des collections Dior d'Alaïa.” Le premier travail consiste à identifier et documenter les modèles. L'ampleur de la découverte est considérable : près de 600 modèles Dior acquis au fil des années, qui font partie des 20 000 pièces conservées par la Fondation Azzedine Alaïa. Une collection constituée dans le plus grand secret, dans un respect absolu pour sa profession et ses pairs, qui représente l'une des plus importantes collections de mode patrimoniale en mains privées. “Le corpus est principalement constitué de pièces de Monsieur Dior sur ses dix années de création entre 1947 et 1957. Il est difficile de dire quelle pièce nous a le plus étonné, car c'est surtout la collection en tant que corpus qui est passionnante car elle représente de manière assez complète l'histoire de Monsieur Dior et de ses 22 collections de Haute Couture.”

 

Cette double exposition, dont Olivier Saillard a assure le commissariat avec la collaboration de Gaël Mamine, est inédite pour La Galerie Dior. “C'est la première fois que l’on travaille de manière aussi croisée avec une autre institution muséale. Bien sûr, La Galerie n’existe que depuis quatre ans…”, précise-t-il en souriant. “L'exposition a été pensée au prisme des affinités entre Dior et Alaïa, mais aussi dans la manière dont pouvait se révéler l'essence même de la Haute Couture.” Deux expositions se déploient en parallèle : l'une à La Galerie Dior, l'autre à la Fondation Azzedine Alaïa. À La Galerie Dior, de nombreux documents d'archives, croquis originaux, chartes de collection accompagnent les pièces. “La richesse de la collection textile d'Alaïa répond à la richesse des archives de la Maison Dior. L'exposition reflète notre collaboration scientifique.”

 

Le parcours retrace les étapes de construction d’une collection : les croquis, les toiles, “qui est la transcription du croquis en volume”, le tissu tant dans sa matérialité que dans sa couleur, puis la technique, l'architecture du vêtement, enfin le défilé. “Un défilé Haute Couture à l'époque, c'est 180 modèles, cela dure 1h30 voire 2h, bâti sur le principe d'une femme qui se change entre deux et quatre fois par jour. On découvre des modèles de jour, de cocktail, de soir, des manteaux, des ensembles sport, des robes d'après-midi, de fin d'après-midi, des robes à danser…” La composition même d'une collection Haute Couture de Monsieur Dior reflétait un art de vivre dans sa totalité. “Lorsque Christian Dior décède en 1957, Jacques Rouët, le directeur général de la Maison, affirme lors d'une conférence de presse que Dior, au-delà du New Look, a créé une école de style et de goût.”

 

“Le rôle de La Galerie Dior est aussi d'inspirer à partir d’un patrimoine à la fois matériel et immatériel.”

 

La Galerie propose un parcours permanent en constante évolution qui raconte l'histoire vivante de la Maison à travers les huit directeurs artistiques qui se sont succédé. "Ce qui est intéressant, c'est la résonance de l’oeuvre de Monsieur Dior à travers le temps et les dialogues que l'on peut créer entre son œuvre et celle des autres créateurs de la maison, mais également des autres créateurs entre eux, à partir de thématiques classiques comme les fleurs ou les grands bals, mais également des sujets nouveaux. Il y a quelques années, une salle a été consacrée à Miss Dior, la ligne de prêt-à-porter lancée en 1967 par Marc Bohan. La Galerie Dior fonctionne comme un laboratoire d’idées qui peuvent ensuite être développées pour des expositions hors les murs."

 

Cette histoire, débutée en 1947, continue de s'écrire. Pour l'incarner, une salle accueille chaque semaine les artisans des différents métiers : Tailleur, Flou, Maroquinerie, Broderie, Mode et Parfumerie. “Ce n'est pas uniquement une présentation, c'est un moment d'échange qui peut inspirer des vocations.” Ce patrimoine matériel – les collections, le lieu – dialogue avec le patrimoine immatériel des savoir-faire transmis par ces artisans. “En août 1955, Christian Dior fut le premier couturier invité à discourir sur l'esthétique de la mode au grand amphithéâtre de La Sorbonne, devant 1200 personnes. Lorsqu'on lui posa la question du rôle de la Couture dans un monde en plein bouleversement, dix ans après la guerre, il répondit qu’il était de maintenir les traditions et de les transmettre aux générations suivantes.” La Galerie Dior incarne aujourd'hui cette mission : partager et faire vivre l'héritage d'une Maison qui, depuis près de huit décennies, façonne l'histoire de la mode contemporaine.

 

 

“La collection Dior d'Azzedine Alaïa” est à découvrir à la Galerie Dior, 11 rue François Ier, 75008 Paris, jusqu'au 3 mai 2026.

 

“Azzedine Alaïa et Christian Dior. Deux maîtres de la Haute Couture” se tient à la Fondation Azzedine Alaïa, 18 rue de la Verrerie, 75004 Paris, jusqu'au 24 mai 2026.

 

 

 

Reuben Attia