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Valette Studio - LIGNES EN RYTHME

Interviews

A la tête de Valette Studio, Pierre François Valette évoque sa collection présentée à Paris le 23 juin.
« A la qualité d'un tissu correspond la noblesse d'un instrument acoustique, à une coupe minimale, un rythme simple » Pierre François Valette

Comment définissez-vous cette collection ? 

C’est la treizième collection, nous poursuivons la sixième année. J’ai mis cinq ou six collections à trouver notre ADN. D’autres marques sont plus spécialisées dans le streetwear. Aujourd’hui nous restons fidèles à ce vestiaire de circonstances. Costumes, Chemises, tailleurs, à travers un nouveau travail de détails, de modélisme plus complexe, de déconstruction du tailleur. 

 

Quelles sont les sources d’inspiration ? 

L’art constructiviste pour les lignes mis en contraste par une déconstruction liée à Dada. Plus largement, encore et toujours le corps humain ; l’habiller en le sublimant sans le déguiser. 

 

En termes de volumes, de couleur, de coupe, qu’est ce qui change le plus ? 

Les vestes s’élargissent, la carrure s’affirme. La silhouette féminine s’articule davantage autour de la robe. Les proportions du corps restent soulignées.

Les couleurs de la saison s’articulent autour du noir et du blanc ponctuées d’un imprimé exclusif. Le zip est là comme ennoblissement.  Un souhait d’une lisibilité du produit et du discours de collection. En dehors de mes collections, mon atelier nous permet de développer des collections et des modèles, pour d’autres maisons indépendantes ou maisons de luxe, soit en marque blanche soit en bureau d’étude. La création est intimement liée à la fabrication. 

 

A quoi êtes-vous le plus fidèle ? 

Je devais être notaire. Nous sommes aujourd’hui une structure de dix personnes. Ce qui compte le plus c’est ma liberté, le savoir-faire, l’humain. 

 

Quelle place accordez-vous au savoir-faire artisanal ? 

Capital. Valette Studio a toujours eu ses propres ateliers et opère également en bureau d’étude pour de nombreuses marques indépendantes ou maisons de luxes. 

Je me définis davantage comme un couturier que comme un styliste. 

La création par la fabrication et le savoir-faire. 

 

A qui vous adressez vous ? 

Nos clients ont de 18 à 78 ans, hommes et femmes confondus. Nous avons neuf points de vente, aux États Unis, à Shanghai. On fait beaucoup de vente directe, avec environ 200 clients, situés en Europe, en Asie et au Moyen Orient,. Le marché wholesale étant plus calme quand j’ai lancé la marque en 2020 (pandémie du Covid), j’ai très vite développé un atelier compétent en interne. Désormais, cela me donne une grande liberté sur les livraisons, les projets de collaborations et la technique liée à la créativité. 

 

Quels sont vos héros favoris dans la vie réelle ? et dans l’Histoire ? 

Les personnes audacieuses à la Sagan, Gainsbourg, Bowie, Warhol, Jagger, Mozart… Dans l’Histoire ? Le petit Prince surement pour sa sagesse. 

 

Ceux qui marquent l’allure des hommes ? 

Leur part de féminité.

 

La pire faute de goût ? 

D’avoir peur de faire une faute de goût justement.

 

Quelle place occupe la musique dans votre processus créatif ?

Je travaille en étroite collaboration avec un compositeur qui développe chaque saison une musique unique pour le défilé.  Enfant et adolescent j’étais chanteur d’opéra. La musique et le son musical sont pour moi la traduction d’une émotion, aussi bien que le tombé d’un tissu ou que l’allure d’un look. La création de la bande son du show est un processus extrêmement libératoire. 

 

La musique est-elle présente dès les prémices d’une nouvelle collection ou intervient-elle plus tard dans sa mise en scène ?

Le processus créatif de la musique commence en même temps que les recherches iconographiques et des croquis 2D - avant même le développement des toiles en 3D. Tous procède par mes mots qui sont traduits en sonorité par le compositeur. Cela donne aussi la couleur de la collection et parfois même les volumes.

 

Peut-on parler d’une identité sonore propre à Valette Studio, au même titre qu’il existe une identité visuelle ?

Absolument ! De la même façon que l'identité visuelle se décline d'un défilé à l'autre, la musique a sa signature, qui se transforme à chaque collection. L'idée, au fond, c'est que la musique porte les vêtements, elle aussi. C'est Jacques Valkenberg qui compose pour les shows depuis 2023. Guitariste de formation, il est tombé dans la musique électronique vers quinze ans, et il a continué à composer en parallèle de ses études. Il est aujourd'hui en astrophysique à Harvard donc nous travaillons à distance pour cette saison. Mais ce qui compte vraiment pour notre travail, c'est l'étendue de sa culture musicale : le classique, l'électronique, la guitare… Il a tellement de références qu'il peut passer d'un registre à l'autre sans jamais se répéter. Je lui donne rarement des consignes très précises. Cela peut être un mot comme « Berlin » ou encore « La Méditerranée », le style d’une époque ou simplement une énergie et il part de là. Son travail répond à la même exigence que la nôtre : à la qualité d'un tissu correspond la noblesse d'un instrument acoustique, à une coupe minimale, un rythme simple. Et ce qui me plaît en ce moment, c'est de travailler les ambiances — un son pour l'accueil, accordé à la lumière, un autre pour le final, quand tous les mannequins reviennent.

 

Propos recueillis par L.B