« Une façon d’être élégant sans chercher à l’être »
« Nous observons beaucoup les femmes autour de nous, et la manière dont elles arrivent aisément à s’approprier leur propre vestiaire, mais aussi celui destiné historiquement à l’homme. Elles composent avec les codes et les déplacent naturellement. Le vestiaire masculin, lui, demeure souvent plus codifié. Notre but ? Chercher à inviter l’homme à explorer son propre vestiaire, en y ajoutant une touche de coquetterie. Ce qui nous inspire dans le vestiaire masculin, le tailoring, c’est avant tout la technique d’un vêtement bien fait, confortable, et qui a le pouvoir de changer une personne. Le costume a ce pouvoir, selon nous : il donne une certaine prestance sans effort. Cette collection s’est construite très naturellement, dans la continuité des thèmes qui nous sont chers. Nous abordons l’été 27, à partir d’un travail d’introspection, lié à nos multiples racines, franco-siciliennes et argentines. Nos inspirations viennent souvent des souvenirs de famille, de l’histoire de l’art et des personnes qui nous ont précédées. Cette saison, les photographies anciennes de mon grand-père ont été particulièrement importantes. On adore observer les détails : un col de chemise, une posture, une façon d’être élégant sans chercher à l’être.Nous avons beaucoup pensé à tous ces « idols » masculin, tels que les Gauchos, Carlos Gardel ou encore Sandro de América, qui avaient une présence très forte, presque cinématographique. Des hommes passionnés, solaires, qui cultivent une forme d’élégance naturelle.L’une de nos peintures de référence est le portrait de Peter, A Young English Girl, peint par Romaine Brooks en 1920. Ce portrait est troublant de sincérité, une forme d’élégance non démonstrative. Nous nous inspirons autant du tailoring que de figures culturelles comme Carlos Gardel ou Sandro : une présence et une singularité qui ne reposaient pas uniquement sur le vêtement, mais sur l’attitude. Chaque pièce est travaillée avec précision, en y ajoutant des détails que l’on peut observer sur le costume traditionnel des gauchos argentins, par exemple les trois plis dans le dos du pantalon, inspirés de leur pantalon bombacha, ou une manche plus large en référence au poncho. Nous sommes avant tout des amoureuses du produit, de la conception d’un vêtement que nous voyons presque comme un objet de design. Il doit être bien pensé et, en même temps, raconter notre histoire. Le choix des matières est primordial dans notre processus. Nous travaillons plutôt des matières hivernales, mais cette saison nous a poussées davantage à penser des vêtements dans des tissus plus légers, tout en conservant une forme de sophistication. Nous avons notre vision personnelle du vestiaire masculin et de ce qu’il pourrait être. Nous aimons déplacer légèrement les codes pour apporter des détails peu communs, que l’on pourrait retrouver plus facilement dans un vestiaire féminin. On refuse de se limiter : nous imaginons un vestiaire qui peut parler à tout le monde. Et surtout, nous voulons réfléchir à cette question : pourquoi certains vêtements sont-ils considérés comme masculins ? Nous nous intéressons aux multiples façons dont le vêtement peut accompagner une personne. Le vestiaire masculin constitue notre point de départ, un territoire riche dont nous aimons explorer les nuances et les possibilités. »
Propos recueillis par L.B