LADISLAS MANDE / LAD/ - L’ELEGANCE EMOTIONNELLE
« Pour moi, l’innovation ne consiste pas à abandonner la tradition, mais à la faire évoluer »
« Le savoir-faire est au cœur de tout ce que nous faisons. Pour cette collection en particulier, nous avons porté une attention toute particulière à la construction, aux proportions et aux finitions, en réunissant certains des meilleurs artisans du Japon et d’Italie ». Il est présent à Sphère, show-room des marques émergentes organisé au Palais de TOKYO par la FHCM avec le soutien du DEFI et de L’OREAL.
Comment abordez-vous cette saison ?
Cette saison est placée sous le signe de la liberté, du mouvement et d’une élégance émotionnelle. J’ai imaginé l’Été 2027 autour de l’idée d’évasion — non pas comme une fuite de la réalité, mais comme une manière de s’affranchir des limites. Je souhaitais que la collection soit à la fois légère et structurée, sensuelle et maîtrisée. Un dialogue constant entre douceur et puissance traverse les silhouettes. Cette collection s’inscrit dans la continuité de l’univers LAD/, mais avec davantage de maturité, de confiance et de clarté. Elle évoque le voyage, les souvenirs, la musique et l’énergie émotionnelle de l’été.
Qu’est-ce qui la distingue de la collection précédente ?
La collection précédente était plus introspective et davantage ancrée dans la structure. Cette saison se veut plus ouverte, fluide et libérée. Les silhouettes respirent davantage, les superpositions sont plus légères et l’atmosphère générale est plus chaleureuse. L’accent est également mis sur la sensualité et le mouvement. Nous avons exploré des coupes plus souples, des proportions plus détendues, des matières légères et des pièces qui prennent vie lorsqu’elles sont portées. Il s’agit moins de protection que d’expression.
Pourquoi l’été est-il un moment particulier pour vous ?
L’été a toujours eu une dimension émotionnelle pour moi. C’est une saison où les gens deviennent plus légers, plus libres et davantage connectés à eux-mêmes. Il y a plus de spontanéité, plus d’intimité et une vie qui se déploie davantage à l’extérieur. J’associe également l’été aux voyages, à la musique, à la famille et à mes souvenirs du Congo. La lumière, les couleurs, le rythme des rues : tout cela influence profondément ma manière de créer.
Avez-vous un souvenir de vacances que vous aimeriez partager ?
L’un de mes souvenirs les plus marquants est simplement celui de mon enfance à Kinshasa : la musique omniprésente, les rires, la chaleur, et l’élégance naturelle avec laquelle les gens s’habillaient, même dans les moments les plus simples du quotidien. Il y avait une beauté dans l’atmosphère elle-même. Ces souvenirs m’ont appris que le style ne se résume pas au luxe ; il est aussi une question d’esprit et d’attitude.
Quelles sont vos références et inspirations ?
Mes inspirations proviennent de nombreux univers : la rumba congolaise, le tailoring, le voyage, l’architecture, la photographie, le cinéma et les gens du quotidien. Je suis profondément inspiré par l’élégance de la culture congolaise et la force émotionnelle de la musique. Des artistes comme Papa Wemba et JB Mpiana ont influencé ma vision de l’élégance et de la présence, tandis que des figures comme JAY-Z et Nas ont nourri mon sens de l’ambition et du récit. Je puise également mon inspiration dans des villes comme Kinshasa, Paris, Tokyo ou Milan, ainsi que dans la tension permanente entre tradition et modernité.
Quel est votre lieu préféré à Paris en ce moment ?
J’aime me promener sur la rive gauche tôt le matin, particulièrement autour de Saint-Germain-des-Prés. Il y a quelque chose d’intemporel dans le Paris silencieux. J’apprécie également les lieux où l’on peut observer les gens sans être interrompu : les cafés, les halls d’hôtels, les galeries. Paris est l’une des rares villes où l’élégance fait encore partie du quotidien.
Quelle place occupe le savoir-faire dans cette collection ?
Le savoir-faire est au cœur de tout ce que nous faisons. Pour cette collection en particulier, nous avons porté une attention particulière à la construction, aux proportions et aux finitions, en réunissant certains des meilleurs artisans du Japon et d’Italie. Les costumes sont réalisés à partir de rares tissus japonais issus de stocks dormants des années 1990, choisis pour leur caractère, leur texture et leur authenticité. Les silhouettes s’inspirent du tailoring traditionnel de Savile Row, réinterprété dans une approche plus souple et plus décontractée. Les vestes sont déstructurées, sans épaulettes, sans entoilage, et souvent non doublées, afin de laisser la beauté et le mouvement du tissu s’exprimer pleinement. La précision du tailoring, le mouvement des matières et la manière dont un vêtement épouse le corps sont des détails essentiels à mes yeux. Le luxe n’est pas seulement visuel ; c’est aussi une sensation que l’on ressent en portant une pièce.
Comment conciliez-vous tradition et innovation ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?
Je pense que l’avenir est plus fort lorsqu’il respecte ses origines. Chez LAD/, nous associons des techniques traditionnelles de tailoring à des silhouettes et des styles contemporains. Réalisées dans des mélanges légers de coton et de lin, les pièces présentent des constructions ajourées, des motifs jacquard complexes et des silhouettes inspirées du vestiaire masculin des années 1970. Les longues pattes de boutonnage à l’avant et les longueurs raccourcies sont soigneusement proportionnées pour accompagner nos pantalons signature à taille haute. Nous réinterprétons le costume classique à travers des proportions plus souples, des superpositions inattendues et des constructions légères inspirées du mouvement et du voyage. Nous intégrons également l’émotion culturelle congolaise dans un langage de luxe contemporain, sans jamais tomber dans le costume ou le folklore. Pour moi, l’innovation ne consiste pas à abandonner la tradition, mais à la faire évoluer.
Où trouvez-vous refuge lors des fortes chaleurs ?
Près de l’eau, de la musique et du silence. Le refuge peut être physique, mais il est parfois aussi émotionnel. Je peux trouver la paix dans une pièce calme, dans une chanson ou simplement en dessinant des idées tard dans la nuit.
Quelle est votre destination préférée ?
Le Congo restera toujours mon foyer sur le plan émotionnel, mais je suis également très inspiré par l’Italie et le Japon. L’Italie pour sa sensualité, son savoir-faire et son élégance ; le Japon pour sa discipline, sa précision et son respect du détail.Je suis inspiré par les lieux qui possèdent une identité forte et une véritable culture.
Quelle est votre vision actuelle du Congo ?
Je considère le Congo comme l’une des plus grandes puissances créatives et culturelles de demain. Le pays regorge de talent, de beauté, d’intelligence et d’énergie.Ma vision est celle d’un Congo qui crée, transforme et raconte sa propre histoire au monde — non seulement à travers ses ressources, mais aussi grâce à sa culture, sa mode, sa musique, son art, sa technologie et son innovation.
Propos recueillis par L.B