VICTORIA VALETTE - INNER SPRING
Diplômée de la Central St Martins de Londres, Victoria Valette a d’abord travaillé chez Louis Vuitton et Cacharel avant de fonder sa marque en 2024. Sa sensibilité à la nature et aux fleurs s’inscrit dans son travail de recherche, nourri par un sens de la construction et des “vêtements uniques à partir de ses propres peintures et aquarelles. Rendez-vous au SPHERE show-room au Palais de Tokyo, organisé avec le soutien du DEFI, L’OREAL Paris et Accor pour découvrir sa collection en apesanteur, portée par le goût de l’apparition et de la disparition et d’un langage poétique.
Quelle est l’inspiration principale de cette collection ?
La collection s’appelle « Inner Spring ». Elle est née d’un dialogue entre « Conte de printemps » d’Éric Rohmer et les fleurs de Cy Twombly. Je me suis intéressée au printemps comme à un moment de transition : quelque chose de fragile qui commence à émerger avant d’avoir complètement pris forme. Dans le film de Rohmer, je me suis beaucoup inspirée des intérieurs, des fleurs dans les vases, de la campagne, mais aussi de l’intériorité des personnages : ce qu’ils ressentent, ce qu’’ils révèlent et ce qu’il’ gardent pour eux.Les fleurs apparaissent parfois floues, presque en train de disparaître, et les vêtements sont eux aussi fragiles, irréguliers, organiques. J’aime l’idée que quelque chose réapparaisse, mais jamais exactement comme avant.
Quelles sont les couleurs que vous avez privilégiées ?
Il y a du beige et du blanc, des couleurs douces qui me rappellent les intérieurs d’appartements. À côté de cette palette assez calme apparaissent le bleu indigo, le lilas et le mauve.
Les matières ?
J’ai privilégié des matières très légères et délicates, notamment la soie, la mousseline de soie, organza. Comme je travaille principalement à partir de stocks dormants, le choix des matières fait vraiment partie du processus créatif. Je peux avoir une couleur ou une texture très précise en tête, mais je dois ensuite chercher dans les stocks existants la matière qui pourra s’en rapprocher. J’aime beaucoup cette contrainte parce qu’elle m’oblige à laisser une part d’imprévu dans la collection.
Une destination fétiche pour l’été 2027 ?
Paris au mois d’août. C’est magique!
Un souvenir d’enfance qui a déterminé votre carrière ?
Je ne crois pas avoir eu un moment précis où je me suis dit que je travaillerais dans la mode. En revanche, mon grand-père travaillait dans la soierie et je garde des souvenirs très forts de lui, entouré de tissus. Petite, je ne réalisais évidemment pas que cela aurait une importance particulière dans ma vie, mais aujourd’hui, alors que je passe mes journées à chercher, toucher et transformer des matières, ce souvenir prend forcément un autre sens.
Un moment de mode qui a inspiré votre travail ?
Le moment où j’ai découvert les Six d’Anvers, puis les créateurs japonais comme Rei Kawakubo et Yohji Yamamoto. Je venais de terminer mes études de droit et je commençais à envisager sérieusement de me tourner vers la mode. Cela a été une vraie révélation : je découvrais une mode qui pouvait être étrange, radicale, poétique, parfois presque abstraite, et qui allait bien au-delàà du vêtement. Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai compris que la mode pouvait être un véritable langage.
Un film, un livre qui continue de vous fasciner ?
L’Eau et les Rêves de Gaston Bachelard. Je ne m’en lasse jamais. J’ai dû le lire huit fois, parfois seulement quelques passages. J’y reviens un peu comme on revient dans un souvenir. Je peux l’ouvrir au hasard et tomber sur quelques mots ou une image qui me transforment à chaque fois. C’est pour ça d’ailleurs que j’ai voulu faire ma toute première collection depuis ce livre.
Un souvenir personnel lié à ce métier ?
Voir l’une de mes tenues défiler au Victoria & Albert Museum à Londres lorsque j’étais encore étudiante à Central Saint Martins. Je crois que c’était l’un des premiers moments où quelque chose qui n’existait jusque-là que dans ma tête devenait soudain très réel.
Votre playlist pour la fin de l’année ?
Pour chaque nouvelle collection, je crée aussi une playlist qui accompagne son univers. Elles sont toutes à découvrir sur mon site, dans l’onglet Spotify .
Un lieu nouveau à Paris que vous avez envie de découvrir ?
Tous les nouveaux restaurants qui ouvrent à Paris !
Un lieu ancien ?
La Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Je rêve depuis longtemps d’aller y passer une journée entière pour travailler, mais pour une raison que j’ignore, je n’arrive jamais à le faire !
Un rêve pour 2027? Des projets ?
J’aimerais que la marque continue à grandir, autant créativement que commercialement.
Mon rêve serait surtout d’avoir de plus en plus de liberté et de moyens pour réaliser les idées que j’ai en tête aussi précisément que je les imagine, continuer à expérimenter, collaborer avec des personnes que j’admire, et voir les vêtements trouver leur place dans davantage de boutiques et être portés par davantage de femmes.
Votre devise / votre mantra ?
« S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème. » (Très utile de se le rappeler quand on est entrepreneuse !)
Interview L.B