Comment abordez-vous cette saison ? Thèmes ? Couleurs ? Matières ? Détails ? Formes ? Nous abordons cette saison optimiste, dans la continuité de la précédente, la marque se porte bien et mûrit. Pour Ouest, je puise dans l’imaginaire d’une époque, celle de la vie nocturne et des mouvements de libération gay des années 1970 et 1980. A la suite de la saison dernière, et en réaction aux premières inspirations de la marque, très new-yorkaises, j’ai souhaité pousser un imaginaire plus parisien. Ces années à Paris ont été foisonnantes et essentielles, peuplées de figures clés, parfois un peu maudites, auxquelles je souhaitais rendre hommage. La référence à Paris se traduit par l’irruption de matières plus « couture » dans le vestiaire urbain teinté de Western, de denim et de cuir. Des tons pastel sur des bombers et des chemises de cowboy, portés sur des jeans worker ou des pantalons en cuir, en écho au look de Claude Montana.
Quelle est la rupture avec la collection précédente ?
La présence de la couleur justement. Du rose poudré, un bleu presque layette. Dans un climat politique de plus en plus toxique, où la masculinité redevient menaçante, où les corps s’uniformisent et où une « normalité » assez inquiétante reprend le dessus, je trouvais amusant d'apposer ces coloris « sensibles » sur nos pièces workwear.
En quoi l’été constitue-t-il un moment particulier pour vous ?
L’air semble plus léger, c’est indéfinissable. L’été est pour moi un moment de respiration, de coupure.
Un souvenir lié à des vacances ?Un retour de plage à vélo, le cheveu encore salé.
Quelles sont vos références, vos inspirations ?Toujours le vestiaire de travail, les icones du denim. Helmut Lang dont j’ai dévoré l’exposition rétrospective à Vienne il y’a quelques mois. L’americana, que je regarde avec de plus en plus de distance vu le contexte actuel. Le travail de photographes comme Karlheinz Weinberger, Stanley Stellar ou Alvin Baltrop. L’histoire du Paris queer, ses uniformes et ses personnes clés.
Quelle place accordez-vous au savoir-faire, à la tradition ?
Nous avons ramené l’essentiel de nos productions à Paris, dans un souci de flexibilité, d’efficacité et de proximité. Ainsi nous sommes au plus près de nos fabricants, et pouvons voir leur travail au jour le jour, dans un dialogue continu. Nos quantités sont limitées, mais nous pouvons ensuite vendre à notre communauté partout dans le monde, mêlant ainsi le savoir-faire des ateliers parisiens avec un sens global de la communauté.
Votre lieu préféré à Paris actuellement ?
Avec le retour des beaux jours, et si vraiment il faut rester à Paris, je dirais les Buttes Chaumont avec un groupe d’amis.
Celui où vous trouvez refuge en cas de canicule ?
J’aimerais répondre une plage landaise près de chez mon père, ou chez ma mère dans l’arrière-pays niçois, mais plus prosaïquement (et puisque nous avons une collection à terminer) il fait très bon dans notre atelier.
Votre destination favorite ?
Les destinations citées précédemment (même notre atelier !), et j’ajouterais Athènes. Et toujours Paris.
Propos recueillis par L.B