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JEAN PAUL GAULTIER - La démesure millimétrée

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Un exercice de style mené avec une grande intelligence et un souffle particulier.

C’est ce qu’on retient du défilé Jean Paul Gaultier Haute Couture par Duran Lantink, comme calligraphié dans cet espace d’un blanc minéral, et où les silhouettes se détachent dans un jeu de volumes, de découpes, d’effets « gonflés » chers au créateur. Si les smokings en suspension, les cols formant entonnoir évoquent largement Viktor and Rolf, on reste assez médusé par ce travail qui joue sur l’équilibre dans le déséquilibre, la retenue dans l’accumulation : une sorte de maîtrise mathématique de la dérision, entre cols de cygnes formant un labyrinthe de plumes roses, et vrais faux tuyaux XL, des bouches d’aération par lesquelles entre un flot de tulle noir et en ressort un autre, blanc. Brassières projetées, bodies techno-morphiques, robes stéroïdes, tailleurs pyramide, Duran Lantink, en chirurgien de l’apparence, documente toutes les déformations pour les élever au rang de sculptures, ou de peintures en 3D. Malgré les citations, rien n’est académique, tout est détournement, influences, encyclopédisme déjanté, avec beaucoup de références au siècle élisabéthain -cols géants, pourpoints ajustés, broderies-autant qu’au dix-huitième siècle français. Les silhouettes sont si découpées qu’on pense à une scénographie de Bob Wilson, à ses Reines. Au-delà de la subtile palette de nuances, des bourgognes aux verts menthe, le corps devient l’objet de jeux d’esprit et de matières, associant en 34 passages le savoir-faire couture à des techniques plus inédites qui font rayonner l’œuvre et le travail de Jean Paul Gaultier (bibendums, feuilletages, robes bijoux, jeux de rôles masculins-féminin, corsets lacés de satin) dans une galaxie architecturalement surréaliste.  Sans doute l’un des plus surprenants défilés de la saison, et dont le mérite est de célébrer les liens entre l’imaginaire et la technique dans toute sa virtuosité. 

 

L.B