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COMME DES GARÇONS

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Par Laurence Benaïm

« Love me
Please love me
Je suis fou de vous
Pourquoi vous moquez-vous chaque jour
De mon pauvre amour? »

Ça commence par lui, Polnareff, avec cette chanson qu’une machine à broyer les sons semble distordre à l’infini. A l’image de Rei Kawakubo et de ses dandies post romantiques, déboulant en derbies à coques aussi pointues que celle d’un navire, avec leur heaume de métal perforé et leur tignasse bourgogne ou jaune Warhol... Errance millimétrée au rythme d’une déambulation nocturne qui rime avec fracs déconstruits, spencers à pans épluchés, tuxedos d’une croisière de l’apocalypse... Chaque silhouette est le prétexte de détournements, de réinventions en trompe l’œil, brisant toutes les convenances de genre. 

 

Love me

Please love me

Je suis fou de vous

Vraiment, prenez-vous tant de plaisir

À me voir souffrir?

 

Les photographes insultent les porteurs de téléphone, la nuit s’allume de brocarts et de zones métallisées, là encore les zazous flottent dans ces costumes couleur de suie, certaines vestes ont le dos constellé de paillettes noires, au final les revoici, vestes gaufrées, meringuées, pour une parade immaculée au bord de tous les possibles. La manière dont l’immense créatrice se frôle parmi les ombres, se fond dans la nuit, joue à se laisser engloutir par le tissu pour le maîtriser, est en soi une leçon. Un refrain à méditer. N’est-il pas celui qui hante tous les créateurs ? 

 

Si j'en crois votre silence

Vos yeux pleins d'ennui

Nul espoir n'est permis

Pourtant, je veux jouer ma chance

Même si, même si

Je devais y brûler ma vie

Love me

Please love me…. «

 

L.B