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Comme des Garçons Automne-Hiver 2024/2025

Interviews, Inspirations, Focus

ALL ABOUT ANGER

Ce pourrait être une reine Herero dont la tenue victorienne affiche les soubresauts d’un peuple en colère. Ou peut-être la filleule africaine d’une Marie Antoinette ou d’une Comtesse de Castiglione échouée quelque part au milieu d’un océan déchaîné. Les jupes sont des vagues qui se soulèvent, ces torrents noirs se déversent de part et d’autre des épaules, donnant aux silhouettes qui avancent, reculent, tapent du pied, l’air monumental d’une colère qui enfle. Elles s’appellent Yuliya, Athiens, Charlotte, devant un parterre d’invités médusés, happés par ces apparitions, elles s’imposent dans la pénombre comme des divinités dont rien ne peut retenir le mouvement qui s’amplifie, tour à tour à faux culs, en spirales déchiquetées, en cratères de polyester noir. 

 

Ces robes, on ne sait pas où elles commencent et où elles finissent, ce sont des atours presque sonores, tant ce qui jaillit à travers elles, c’est le coup de ciseau, celui qui transforme ces paniers du siècle des Lumières en ready made survivalistes, et donnent à ces ménines néo punk les atours d’une Apocalypse couture sous haute tension. Ce sont ici et là des centaines de cornets retournés, de ballons qui semblent se dégonfler et se gonfler quand elles marchent, leur donnant une présence irréelle et pourtant si matériellement ancrée dans une histoire dont la créatrice de Comme des Garçons maîtrise tous les secrets. Impressionnant. Une histoire de volumes, de déconstruction, de dépassement de soi dans la matière.  Les excentricités capillaires du dix-huitième siècle se trouvent ici sublimées par les perruques à élévation noire et rouge feu de Takeo Arai. La sonate au clair de lune de Beethoven fait résonner les tourments de la passion. Quand la musique s’arrête, tout se tait, dans les coulisses, tout est déjà presque emballé, tout disparaît, on croit avoir rêvé les yeux ouverts. Et le message de Rei Kawakubo s’affiche sur un écran, tel un rébus : “This collection is about my present state of mind. I have anger against everything in the world, especially against myself.”