Quelle a été l’inspiration de cette collection ?
La matière devient une signature, mais aussi un élément graphique que je souhaite retrouver dans des pièces plus portables. On retrouve toujours mes fondamentaux : l’animal et le végétal ; les imprimés animaliers, les feuilles, l’idée de camouflage, de se fondre dans le décor. Les pièces restent utilitaires, techniques, avec une grande importance accordée aux détails. Le livre Book of Plants d’Anne Geene m’a particulièrement marquée : son approche du collectionnisme et de l’archivage résonne avec mon travail. Comme un herbier du vivant, où l’on collecte, classe, archive presque de manière obsessionnelle. Il y a aussi l’influence du cabinet de curiosités ; une analyse de la nature à la manière d’un laborantin : quelque chose de métallique, propre, net, presque clinique. Les archives, les épuisettes, les mélanges… tout cet imaginaire nourrit la collection.
Si vous deviez évoquer la palette de couleurs, comment la décririez-vous ?
La palette s’inscrit dans des teintes que l’on pourrait trouver dans la nature, dans un herbier ; comme issues d’une étude du vivant. On est dans des nuances assez camouflées, organiques.
J’ai toutefois tenu à conserver une touche d’orange sang, plus pop. Cette couleur est arrivée presque intuitivement : elle provient d’un tuyau que j’avais utilisé dans l’une de mes toutes premières pièces. Elle est devenue, avec le temps, un marqueur fort.
Quelles sont les matières que vous avez particulièrement aimé travailler ?
J’ai aimé travailler des matières à caractère technique, notamment dans la confrontation entre des textures plus rigides, presque papier, et d’autres plus souples.
La collaboration avec des ateliers comme TDF a été particulièrement stimulante. J’aime développer des effets nouveaux, sortir des approches traditionnelles.
Ce qui m’anime profondément, c’est ce plaisir d’inventer de nouvelles matières, tout en restant connectée aux technologies textiles contemporaines.
Le film ou le livre qui continue de vous passionner ?
Sur mon étagère, on trouve des herbiers, des magazines vintage sur l’art du jardinage, mais aussi des livres de survie en pleine nature.
Savoir Revivre de Jacques Massacrier reste une référence qui m’accompagne dans le temps.
Un souvenir d’enfance qui a décidé de votre vocation ?
En famille, nous faisions beaucoup de cueillette et de récolte. Cela a profondément nourri mon imaginaire.
Très tôt, j’ai développé ce rapport à l’herbier : garder des traces, archiver le vivant, récolter, ramasser… puis transformer la matière pour en faire autre chose ; un peu comme en cuisine.
C’est là que s’est construit mon rapport presque instinctif à la matière.
La manière dont vous vous définissez aujourd’hui ? Votre esthétique ?
La nature reste une évidence dans mon travail, mais elle s’est déplacée avec moi, du Jura à Paris ; vers une lecture plus expérimentale.
Je me définis volontiers comme un mélange de jardinier, de chimiste et d’alchimiste.
Mon esthétique se construit à la rencontre de la nature et des nouvelles technologies : pousser les matières, expérimenter, révéler de nouveaux motifs. La matière est à la fois ma signature et mon langage graphique, y compris dans des pièces plus portables.
On retrouve toujours l’animal et le végétal, les logiques de camouflage, les pièces utilitaires et techniques, avec une attention extrême portée aux détails.
L’influence de Book of Plants d’Anne Geene reste très présente; cette idée d’archiver le vivant comme dans un herbier, presque obsessionnellement.
Et toujours ce dialogue avec le cabinet de curiosités : une nature observée avec l’œil d’un laborantin ; métallique, nette, organisée, presque trop propre.
Votre mantra ? Votre gri-gri ?
Mon sac Freitag.
Sa couleur très particulière est à la fois ma couleur préférée et une teinte signature pour moi. Je suis collectionneuse : j’ai peu d’objets, mais ceux que j’aime, je les garde précieusement.
C’est une forme d’ode à l’objet.
Votre vision de 2026 et vos projets ?
2026 s’ouvre avec une nouvelle collection plus structurée; une nouvelle phase pour la marque.
Je souhaite continuer à développer des partenariats avec des ateliers qui me tiennent à cœur, comme TDF ou Pyratex au Portugal, mais aussi avec des savoir-faire parisiens avec lesquels j’aime profondément travailler.
Le développement du bijou est également un axe fort pour moi. C’est un territoire très signature, différenciant : continuer à faire évoluer le tuyau dans d’autres matières, le rejouer, le transformer.
L.B.