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MATHO - Racines, souffle, expérimentations

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« MATHO est née d’un point de maille accidentel, une erreur réalisée lorsque je tricotais à l’école Duperré. Ce point est devenu une technique signature emblématique de la marque. Pour cette collection, j’ai souhaité l’explorer plus loin : expérimenter de nouvelles zones de tension du corps et développer de nouveaux points de tricot à partir de cette même technique. C’est une collection qui joue véritablement sur l’expérimentation et l’évolution de ce point fondateur » assure Léa Mathonière Fallot, diplômée de l’École Duperré et de l’Institut Français de la Mode. « Un travail à la fois expérimental et sensible, fidèle à l’ADN de MATHO, une marque qui est en contact direct avec le corps, à 100 %. Rendez-vous pour le découvrir au cœur de Sphère Paris Fashion Week Showroom, au Palais de Tokyo, avec le soutien du DEFI, et L’Oréal Paris, du 4 au 10 mars.

Quelle a été l’inspiration de cette collection? 

Je me suis inspirée ma terre natale,  la Charente-Maritime : des vagues, de leur traduction textile, des ondulations, des flux et des flottements marins. J’ai voulu retranscrire ces mouvements organiques à travers le tricot, en travaillant les courbes, les tensions et les zones de respiration du vêtement. En parallèle, j’ai collaboré avec Teinture de France, une industrie française, autour d’ennoblissements technologiques : impression 3D, pulvérisation de couleurs et sublimation. Ces technologies émergentes viennent contraster avec le savoir-faire ancestral du tricot. Nous avons notamment travaillé le motif de maille en trompe-l’œil en impression 3D, apportant une dimension à la fois tactile et visuelle aux pièces. Les sublimations développent des motifs organiques inspirés des fonds marins et des algues. Le tricot devient ainsi un motif à part entière sur le vêtement. J’ai voulu explorer la maille dans un jeu de sensualité et de révélation du corps, à travers des zones ajourées et des flottements qui épousent les formes. J’ai cherché à lui donner un caractère rond, doux, sensible, tout en intégrant des techniques artisanales réalisées à la main en France.

 

Si vous deviez évoquer la palette des couleurs, comment les décririez-vous? 

La palette est profondément ancrée dans mon territoire. Elle m’est venue lors d’une balade à vélo sur l’Île de Ré, à marée basse. Les couleurs étaient incroyablement nuancées : des kakis, des tons sable et beige, des bleus très profonds contrastant avec des bleus plus changeants, presque mouvants. Il y avait aussi des touches plus subtiles, comme des reflets rosés sur les cailloux nacrés et les coquillages. Ces détails m’ont beaucoup marquée. La palette est donc organique, naturelle, presque instinctive. Elle s’inspire directement du paysage, de la lumière, des matières brutes. Pour moi, il n’y a rien de plus juste que de puiser dans la nature : elle offre des contrastes doux, des harmonies inattendues et une richesse infinie de nuances.

 

Quelles sont les matières que vous avez aimé particulièrement travailler ? 

En maille, j’aime profondément travailler des matières nobles et sensibles comme le mohair, le cachemire et l’alpaga. Je m’intéresse aussi beaucoup aux lainages teints à la main, avec des variations de couleurs directement dans le fil. Ces nuances créent des pièces totalement uniques, avec des reflets qui évoluent selon la lumière et les mouvements du corps. Je trouve cela fascinant : le vêtement devient presque vivant. Dans cette collection, deux pièces fortes explorent particulièrement ces techniques. Ce sont des pièces très « image », presque couture, que je travaille majoritairement à la main pour conserver une dimension artisanale et sensible. En parallèle, j’aime énormément composer avec l’impression 3D. Cela permet de jouer sur les volumes, les hauteurs, les reliefs et même les effets de lumière. Cette technologie ouvre un champ d’expérimentation très libre. Ce qui m’intéresse surtout, c’est le contraste : faire dialoguer la douceur et l’ancestralité de la maille avec la précision et la modernité des technologies émergentes. Cette tension entre artisanat et innovation est au cœur de mon travail.

 

Quel est votre personnage de fiction idéal? 

Mon personnage idéal serait la figure de La Liberté guidant le peuple, d'Eugène Delacroix. Ce n’est pas un personnage de roman, mais une allégorie puissante : une femme debout, en mouvement, qui avance, qui guide, qui incarne à la fois la force, la sensualité et la détermination. J’aime cette idée d’une féminité libre, presque instinctive, portée par l’élan collectif mais profondément ancrée dans son corps. C’est une figure à la fois politique, poétique, je trouve que cette tension est très inspirante.

 

Le film, le livre qui continue de vous passionner? 

Pour le film, c’est Peau d'Âne de Jacques Demy.
Je suis profondément touchée par son univers visuel, ses couleurs, sa dimension onirique et presque textile. Il y a quelque chose de très sensoriel dans ce film : les matières, les robes, la métamorphose… C’est un conte, mais aussi une œuvre très audacieuse, libre, presque subversive. Cette liberté esthétique me parle énormément.

Pour le livre, c’est Vivre nue de Margaux Cassan.
C’est un texte puissant, intime, qui interroge le corps, la liberté, la vulnérabilité et l’émancipation. Il y a une radicalité douce dans cette manière d’habiter son corps pleinement. Cela résonne beaucoup avec mon travail, puisque la maille est un vêtement qui est en contact direct avec la peau.

Ces deux œuvres ont en commun une forme de liberté, esthétique, corporelle, presque politique, qui continue de m’inspirer profondément.

 

Un souvenir d’enfance qui a décidé de votre vocation? 

Je me souviens que je passais beaucoup de temps à fouiller dans les armoires de mes grand-mères et de ma tante. J’adorais ouvrir les placards, toucher les matières, regarder les coupes, les détails, les boutons, les doublures…

Sans vraiment m’en rendre compte, je faisais déjà du stylisme. J’assemblais les pièces, j’imaginais des silhouettes, je transformais des foulards en tops, des nappes en capes.

Je crois que c’est là que tout a commencé : dans ce rapport très instinctif au vêtement, à la transmission, aux histoires que portent les pièces. Il y avait quelque chose de très intime, presque secret.

C’est sans doute dans ces moments-là que s’est construite ma fascination pour le textile, pour le vêtement comme mémoire, comme peau, comme langage.

 

Un quartier, un lieu à Paris que vous adorez tout particulièrement ? 

La Gare Montparnasse, surtout parce que c’est ma porte magique pour retourner en Charente-Maritime !   Sinon, à Paris, j'adore le Musée Jacquemart-André.

 

La manière dont vous définissez aujourd’hui? Votre esthétique ?

L’esthétique Matho est audacieuse, sensuelle et profondément consciente des enjeux liés à la pudeur dans notre société. C’est un mélange de savoir-faire artisanal autour de la maille et d’expérimentation avec des technologies émergentes. Mon style est à la fois sensible, incarné et doux, toujours traversé par ce fil signature de Matho, qui rend chaque pièce immédiatement reconnaissable. En résumé, c’est une esthétique sensuelle, contemporaine et profondément moderne.

 

Votre mantra ?  

 Haut les corps !

 

Votre gri gri?  

 Mon mètre ruban orange fluo... Toujours avec moi ! 

 

Votre vision de 2026 ?

Continuer à explorer et développer le point de maille Matho, en expérimentant de nouvelles formes de vêtements et en affirmant ce point comme une véritable signature identitaire de la marque, avec des variations de fils, de points et de textures.

 

Vos projets 

Je suis ravie d’avoir rejoint le showroom SPHERE sous l’égide de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, une étape importante pour la marque. Je souhaite poursuivre toutes les opportunités qui permettent de faire évoluer Matho : concours, résidences, collaborations, et surtout continuer à faire grandir ce projet avec audace et sensibilité.

 

La destination qui vous ressemble ?

Le port de Saint-Martin à l'île de Ré.

 

Pierre Gobert